Bribes d'Estel

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Bribes d'Estel

Message par Estel le Lun 2 Oct - 13:45

Cahotement de la charrette, la route défile doucement, il va faire nuit, des ombres se distinguent dans la forêt.
Hier je m'étais endormie au bord du lac, anéantie par l'effort, aujourd'hui je me laisse porter par une charrette, passée la surprise, je me sens plutôt bien.
Je devine une autre charrette plus loin sur la route.
A l'avant, ce vieil homme tiens la bride, me couvre d'un sourire bienveillant, je bois la bouteille qu'il m'a tendue, du jus de melon.
A ses coté, un jeune homme à la moustache naissante, il me regarde, des yeux doux, et comme.. souffrants. Je le connaît, il y a longtemps...
..
J'étais encore jeune à l'époque, peut-être une quinzaine d'année.
Je tirais derrière moi un chariot de foin, en direction de la ferme, quand j'ai entendu des brouhahas non loin des champs, j'ai vu ce petit garçon, d’à peine sept ans, le visage couvert de crasse et de vagues loques pour habits.
Il se cachait derrière la clôture, tremblotant, il tenait dans sa main un panier de pomme.
Un garde suivi de près par un marchand, criait des injures, et traversait les champs, l'épée brandit "Chenapan, tu va payer !"
J'ai regardé le petit, il à vu que je le regardais, et il me fixait avec des yeux peureux.
Le garde s'approchait dangereusement de sa cachette, et le petit ne semblait pas vouloir bouger, alors je l'ai pris de force par le bras, et je l'ai jeté dans le foin de mon chariot.
Le petit s’appelait Thomas, il était orphelin, et vivait dans la nature. Après cela, il n'a plus voulu me lâcher, il me collait toujours aux bottes, il essayait de trouver un moyen de me remercier.
Moi j'aimais bien sa présence, j'avais l'impression d'avoir un enfant, je le nourrissais, et je lui ai trouvé des habits propres.
Comme il n'avait nulle part où aller, et dormais dans la rue, j'ai pris pitié, et je lui laissais un coin chaud dans ma chambre à l'auberge, il devait se cacher dans une caisse quand le tenancier où la bonne passait.
Pour me payer, il volait la journée, et mendiait.
Thomas m'apportait souvent des pommes où un morceau de poulet volé le soir, et alors je nous préparais un bon repas.
On parlait très peu, il ne se plaignait jamais, il avait été forgé dans un monde rude. Une fois le soir, il est rentré avec une énorme blessure sur le torse, il ne pleurait pas ni ne geignait, il ne voulait rien me dire. Je l'ai soigné du mieux que je pouvais, et je l'ai laissé dormir dans mon lit, je le serrais dans mes bras, et lui avait l'air content.
J'avais une relation avec le fils d'un fermier, qui venait souvent me voir aux champs, où n'importe quand, quand j'avais du temps, il avait quelque chose de dur et naïf, et je l'aimais beaucoup, mais je ne l'amenais jamais à l'auberge, même s'il insistait.
Après plusieurs mois avec lui, on a fini par avoir une dispute, il s'énervait, il ne tenait plus d'être mis à distance, il me demandait des explications, moi j'étais pitoyable devant sa colère, mais je ne lui ai rien dit, alors, la tête rougie, il s'est écrié "Ce soir, j'irai à l'auberge, que tu le veuille où non."
J'ai paniquée, je suis vite rentrée à l'auberge avant qu'il n'arrive, et j'ai dit à Thomas qu'il devait s'en aller, je lui ai rempli un baluchon de vivres et de petites choses, et je lui ai ordonné de partir, je lui parlais durement.
Il avait un regard désespéré, mais il est parti sans un mot, comme je le pressais du pied.
J'étais obligée, mon amant lui aurait fait du mal..
(excusez cette aparté qui n'apporte rien, mais après tout ça ne va pas vraiment vers quelque part)
Mais enfin, il est là devant moi, plusieurs années plus tard, avec l'air d'un jeune homme qui a vécu
..
"Thomas à insisté pour vous prendre avec nous, des loups vous tournait autour, non loin du lac"
Il à l'air de s'en vouloir, il semble craindre chez moi quelques réactions violentes, je ne lui dit rien, cette situation me va bien.
Dans l'autre charrette il y a la femme du vieux, une dame usée qui parle peu et ne sourie jamais, elle a toujours deux enfants qui s'accroche à sa robe, une petite fille et un garçon du même âge.
Thomas semble ne pas savoir me parler, il me sourit, pose ses mains fermement sur une épée de fer.
Le vieux me fait la discussion, je crois qu'on parle des genres de poissons qu'on peut trouver selon les fleuves d'Elwyn, je me sent bien, il commence à faire nuit.
C'est drôle, je vois dans les yeux du vieux qu'il attend une question de ma part, il semble troublé de ne pas l'avoir, en effet "Qu'est-ce que ces gens peuvent faire, avec ces charrettes, en pleine période de famine, où vont-ils ?" Il n'attend qu'un mot de ma part pour me l'expliquer, ses lèvres en brûlent.
Mais moi je m'en fout d'où ils vont, je veux juste me laisser porter..
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Re: Bribes d'Estel

Message par Estel le Mer 4 Oct - 14:13

L'été est arrivé à son terme, la lumière des étoiles devient plus intense quand tombe le soir.
Les flammes lèchent le bois derrière la petite muraille de pierre, le daim, sur le feu, laisse peu à peu son goût au bord de nos narines.
Les petits sont fatigués, à demi endormis sur la robe de la vieille.
Thomas et le vieux parlent de chose sérieuse, chuchotants, le ton d'importance de leur dialogue donne un bruit de fond qui me berce.

Les chevaux sont accrochés à un arbre, les chariots laissés ouverts en arrière, ils ont descendus une barque en bois de la charrette, le vieux y place des couvertures, et la vieille porte doucement les enfants à l'intérieur, les bordent.
Ils me servent un bout de viande baigné dans un bol d'eau chaude, puis ne font plus attention à moi, enflammés par leur discussion.
Parfois, ils haussent légèrement le ton sur la fin d'une phrase où sur un mot, leur discussion m'ennuie, je part marcher un peu au dehors du camp, manger ma part seule.
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Re: Bribes d'Estel

Message par Estel le Lun 9 Oct - 15:26

Je me demande pourquoi ils trimballent cette barque, elle prend une grande place sur le chariot, encombre les affaires, et ne sert à rien, juste des fois, les petits y dorment.
Mon esprit s'attarde sur des détails, il me semble qu'il a le temps de le faire.
Je suis assise au bord de la charrette, regarde la route qui s'en va, je profite de la distance qui se creuse avec goldshire, je suis contente.
Le vieux fini par venir me voir pour me parler, je vois qu'il va tout me raconter, il prend un air pitoyable.
"Voyez, nous étions beaucoup plus, a la base, peut-être une vingtaine. On s'était naturellement rejoint petit a petit, certains venaient des carmines, du bois de la pénombre, d'autre revenaient de bien plus loin encore, avait traversés le continent, depuis les contrées naines, où encore de Lordaeron"
Pourquoi est-ce qu'il veut me raconter l'histoire ? Je préfère ne rien savoir, laisser faire les choses.
"Tous réfugiés de la guerre ou de la famine, cherchant un endroit où vivre normalement, loin du joug de Stormwind"
Il me regarde, cherche mon approbation, les mouvements de son visage me font parfois l'impression d'un chien qui réclame l'attention de son maitre.
"Mais voilà, on était trop nombreux, impossible de passer inaperçu du royaume, on devait éviter les routes, faire de longs détours.
Un jour, on a trouvé un endroit tranquille dans la marche de l'ouest, où personne n'allait. On s'y est posé, temporairement.
Tout le monde savait que ce n'était pas ici qu'on allait refaire notre vie, ce pays était trop peu clément, ce qu'on voulait tous, c'était Elwyn. Mais impossible d'aller à Elwyn sans que notre troupe ne se fasse remarquer, Stormwind y est partout.
Alors ils nous ont envoyés tout les trois, on se fait passer pour des marchands. On doit trouver un endroit tranquille, ensuite, on ira les chercher en barque par le fleuve, ils nous attendent, tous, ils comptent sur nous."

Envie de manger, mais je sais que leur vivres s'étiolent, ils n'avaient pas prévu ma venue.
Thomas est descendu de charrette, va marcher dans la forêt, il n'oublie pas son épée.
Leur agitation, l'importance de leur gestes me fatigue, ils semblent porter le poids du monde sur leurs épaules.
Seul les enfants s'en foutent et suivent le mouvement, comme moi.
Je devrais peut-être les aider.
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